Histoires petites et grandes de Saint-Aubin-de-Locquenay

Le lavoir de Saint Aubin de Locquenay

lavoir planLe lavoir communal de Saint Aubin a été construit en 1927. En mars de cette année-là, le maire, Gaston Millet, a présenté ce projet aux élus : « Monsieur le maire soumet le projet de lavoir communal dont le coût forfaitaire de construction est estimé à 9 000 francs. Le conseil, considérant qu’un lavoir communal serait très utile aux habitants de la commune, celle-ci en étant dépourvue, considérant le prix raisonnable qui est proposé, donne un avis très favorable à ce projet. »*

En juillet 1927, le charpentier Gaston Cosnuau de Saint Aubin a établi les plans de construction du lavoir sur un terrain de 200 m² que la municipalité a acheté à Alphonse Dézalay.

*Extrait du registre des délibérations du 5 mars 1927

 

La légende des Bercons

Entre les communes de Montreuil le Chétif, Saint Aubin de Locquenay et Ségrie, s’étend un territoire qui, vers l’an 1000, était couvert de landes et de forêts de résineux. C’est là que vivaient misérablement quelques paysans. A cette même époque, le roi de France Robert le Pieux était marié avec sa cousine germaine Berthe de Bourgogne. Ce mariage déplut au pape qui, sous la menace de l’excommunication, ordonna au roi de répudier Berthe. Celle-ci trouva refuge auprès de son parent le vicomte de Beaumont qui lu donna autant de terrain que son ânesse pourrait en entourer, du lever du soleil à son coucher.

Les Bercons

Les Bercons

Accompagnée d’un page, elle partit par les sentiers et par les landes. Le soir, son ânesse était très fatiguée. « Elle est lasse. », dit Berthe. « Pis que lasse ! », répondit le page. Aujourd’hui, on montre encore au pied de la colline une ferme qui s’appelle Pisquelasse. Le territoire dont Berthe était devenue propriétaire s’appela d’abord Berthons puis Bercons. Par la suite, Berthe appela les pauvres gens de la contrée, les habilla, les nourrit. Ils se construisirent des maisons et défrichèrent la lande.

Sur ce territoire, passe un chemin de grande randonnée qui fut sans doute autrefois chemin de pélerinage vers le Mont -Saint-Michel comme en témoigne la présence de croix de roussard placées là pour ranimer la foi des pélerins et confirmer qu’ils étaient sur la bonne route.

La rue des Bercons

La rue des Bercons

 

Le petit « trésor » de Saint Aubin de Locquenay

Au début du mois d’avril 2015, le Directeur des Archives Départementales de la Sarthe est venu à Saint Aubin de Locquenay pour une visite d’inspection. Ce fut l’occasion pour nous de lui montrer quelques très vieux documents, dont nos deux cadastres de 1812 et 1847. Il a été très surpris de voir dans une commune rurale ce type de document, ceux-ci n’existent qu’en deux exemplaires : un conservé aux Archives et un autre qui doit se trouver en mairie.

Beaucoup de mairie n’ont pas conservé leur cadastre « Napoléoniens » et il est encore plus rare de rencontrer ces deux cadastres de 1812 et 1847 dans une mairie. Bien que l’usure du temps soit passé par là et que certaines planches du cadastre ancien aient été déchirés, ces documents sont en très bon état. Le Directeur des Archives nous a vivement conseillé d’étudier la restauration de ces deux cadastres qui « racontent » l’histoire d’une commune. C’est un sujet sur lequel devra réfléchir le conseil municipal.

Plan de Saint Aubin de 1847

Plan de Saint Aubin de 1847

Une étude rapide des plans et cartes donnent quelques indications sur l’histoire de notre commune :

  • Avant la construction du pont Napoléon en 1851, la route qui reliait Conlie à Fresnay passait par l’actuel Chemin de la Martinière pour rejoindre Rochâtre.
  • Le centre de la commune était peu important. Le plan de 1812 indique la présence du presbytère (aujourd’hui la mairie), de l’église et le prieuré (école actuelle).
  • Sur ce plan de 1812, quelques maisons autour de la place, dont l’actuel café/épicerie.
  • Le hameau de Chapeau, par le nombre de ses habitations, était un centre de vie important à Saint Aubin.
Plan du bourg en 1812

Plan du bourg en 1812

 

Le Monument aux Morts

Le Monument aux Morts

Le Monument aux Morts

La Grande Guerre a coûté la vie de 1 400 000 de soldats français. Chaque année, depuis bientôt 100 ans, les communes de France rendent hommage aux soldats « Morts pour la France » à l’occasion d’une cérémonie « de la victoire et de la paix ». Ainsi, chaque 11 novembre voit les rues des villages traversées d’un cortège qui se rend au monument aux morts à l’occasion d’un culte laïque, interprété de la manière suivante par l’historien Antoine Prost. « Cette commémoration du 11 novembre est celle des citoyens, par les citoyens. Faire l’appel individuel des citoyens morts à la guerre est une façon de marquer que la République n’existe pas sans les citoyens. Ainsi, cette journée conforte les français dans leur civisme et le transmet aux jeunes générations ». Quelles que soient nos sensibilités personnelles par rapport à cette journée commémorative, l’étude de ce « rite » et de ce monument qui occupe une place particulière dans nos communes méritent toute notre attention.

Le 11 novembre 1918

A l’Assemblée Nationale, après avoir lu l’intégralité le texte de la convention d’armistice devant les députés, Georges Clémenceau, Président du Conseil et Ministre de la Guerre, déclarait ceci : « Pour moi, la convention d’armistice lue, il me semble qu’à cette heure, en cette heure terrible, grande et magnifique, mon devoir est accompli. Un mot seulement. Au nom du peuple français, au nom du Gouvernement de la République française, j’envoie le salut de la France une et indivisible à l’Alsace et la Lorraine retrouvées. Et puis, honneur à nos grands morts, qui nous ont fait cette victoire. Quant aux vivants, vers qui, dès ce jour nous tendons la main et que nous accueillerons, quand ils passeront sur nos boulevards, en route vers l’Arc de Triomphe, qu’ils soient salués d’avance ! Nous les attendons pour la grande œuvre de reconstruction sociale. Grâce à eux, la France, hier soldat de Dieu, aujourd’hui soldat de l’humanité, sera toujours le soldat de l’idéal ! ». Ce même 11 novembre 1918, lors de la séance du conseil municipal de Saint-Aubin-de-Locquenay, les élus réunis en assemblée ordinaire, « interprétant les sentiments de la population de leur commune, adressent leurs respectueuses félicitations à Mr Clémenceau, Président du Conseil et Ministre de la Guerre, au Maréchal Foch, à nos glorieux généraux et à nos intrépides soldats ».

Le Chemin de mémoire : Une semaine de débats à l’Assemblée Nationale

Dès le 13 novembre 1918, plusieurs propositions de lois – on parlerait aujourd’hui de « lois mémorielles » – sont présentées à l’Assemblée Nationale. Ce jour-là, un député propose que le 11 novembre soit déclarée « jour de fête nationale ». Un autre propose qu’une loi soit étudiée avec « pour objet d’honorer les morts pour la patrie ». Toujours ce 13 novembre, un député propose « qu’un Arc de Triomphe soit érigé à la gloire des combattants et alliées morts pour la défense du droit et pour l’affranchissement des peuples ». Le 20 novembre 1918, les députés font une autre proposition de loi, déjà adoptée par le Sénat, « pour à la création, dans chaque localité, d’un tableau contenant les noms de tous les enfants de la localité tombés au champ d’honneur et à l’établissement d’un livre d’or dans chaque municipalité ». Les diverses propositions de loi proposées par des députés dans la semaine de l’armistice, vont, pour la plupart, être adoptées dans les années suivantes. Ainsi, la loi du 25 octobre 1919 fixe le principe d’une aide financière aux communes pour la construction d’un monument aux morts. Quant au choix de la date du 11 novembre, la loi du 24 octobre 1922 établie que, ce jour là, « la République française célèbre annuellement la commémoration de la victoire et de la paix ». Cette même loi déclare aussi que le 11 novembre sera férié.

Le monument aux morts de Saint Aubin de Locquenay

A Saint Aubin de Locquenay, et comme dans de très nombreuses autres communes française, la décision d’élever un monument précède la loi. Comme le rappelle l’historien Antoine Prost « la plupart des monuments de village sont inaugurés avant 1922, au milieu d’un vaste concours populaire. Au vrai, l’érection des monuments s’est effectué rapidement, comme si elle répondait à une évidence unanime ». Jusqu’à la loi qui a fixé la date du 11 novembre comme date commémorative nationale, la journée de recueillement avait lieu le 1er ou 2 novembre, le jour de la Toussaint.

Voici les extraits des comptes rendus des conseils municipaux de Saint Aubin De Locquenay à propos des débats sur la construction du Monument aux Morts de la commune.

24 Aout 1919
Le Conseil municipal de Saint-Aubin de Locquenay est appelé à désigner un emplacement où sera élevé un monument dédié à la mémoire des soldats de la commune tombés au champ d’honneur. A la majorité, le Conseil décide que la plaque commémorative sera érigée à l’église. Une souscription est lancée auprès des habitants de la commune.

28 Aout 1919
Le Conseil municipal fait savoir que la décision précédente pour l’emplacement du monument aux morts a causé une déception à quelques donateurs. Un terrain d’entente doit être trouvé. Le Conseil revient sur sa décision et souhaite, pour contenter tout le monde, que la somme recueillie sera affecté, pour moitié à un monument dans l’église, pour l’autre, à un monument dans le cimetière. En conséquence, le trésorier, Mr le Vicomte de Noailles (conseiller municipal) qui a reçu la souscription de 2132,90 frs, est autorisé à verser la moitié de cette somme à Mr le Curé qui se chargera de l’érection du monument dans l’église.

14 septembre 1919
Le Conseil Municipal fait connaître que la somme de 1066,29 frs (provenant de la moitié de la souscription), est insuffisante pour élever dans le cimetière un monument aux soldats morts pour la patrie. Le Conseil accorde un crédit de 1000 frs et décide de l’emplacement. Le monument sera élevé dans l’allée principale du cimetière, face à la porte d’entrée, dans le rond-point, et en avant de la croix placée au milieu du cimetière.

Mars 1920
Réception du monument. Le conseil municipal donne connaissance du montant des travaux. Coût final, 2237 frs, réalisé par Mr Vaseux, entrepreneur à Fresnay. Financé par un don de 1237,50 frs et un crédit communal de 1000 frs.

Sources :
– Antoine Prost, Les monuments aux morts. Culte républicain ? Culte civique ? Culte patriotique ?, in : Pierre Nora, « Les lieux de mémoire », Gallimard quatro, tome 1, 1997, p 199-223
– Registre des compte-rendus des conseils municipaux de Saint Aubin de Locquenay
– Journal des débats de l’Assemblée Nationale, novembre 1918
– JO du 25 octobre 1919
– JO du 24 octobre 1922